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CSRD : quelles PME seront directement ou indirectement concernées dès 2025 ?

14 septembre 2025 par
Olivier DUPRE

La Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD) est la nouvelle réglementation européenne en matière de reporting extra-financier, entrée en vigueur début 2024. Elle remplace la directive NFRD (Non-Financial Reporting Directive) de 2014 et impose à un nombre beaucoup plus large d’entreprises de publier des informations sur leurs performances environnementales, sociales et de gouvernance (ESG). Cette directive marque une évolution majeure : le champ d’application passe d’environ 11 700 entreprises concernées sous la NFRD à près de 50 000 entreprises sous la CSRD. Pour la première fois, un cadre commun européen (les normes ESRS, European Sustainability Reporting Standards) définit précisément le contenu du reporting, assurant une transparence et une comparabilité accrues des données publiées. De plus, le principe de double matérialité est introduit : nous devons évaluer tant l’impact de l’entreprise sur la société et l’environnement que les risques que les enjeux de durabilité font peser sur l’entreprise elle-même. L’ensemble de ces informations devra faire l’objet d’une vérification externe similaire à un audit financier, gage de fiabilité renforcée.

Un calendrier d’application progressif selon le type d’entreprise

La mise en œuvre de la CSRD est progressive et échelonnée en plusieurs vagues, en fonction de la taille et du statut des entreprises  :

  • Exercice 2024 (rapport publié en 2025) : Grandes entreprises déjà soumises à la NFRD. Cela inclut typiquement les grandes entreprises cotées dites “d’intérêt public” (par exemple, sociétés employant plus de 500 salariés) qui étaient déjà assujetties au reporting extra-financier selon l’ancienne directive.

  • Exercice 2025 (rapport en 2026) : Autres grandes entreprises remplissant les nouveaux critères de la CSRD, y compris les grandes entreprises non cotées qui n’étaient pas visées auparavant. Cela élargit dès 2025 l’obligation à de nombreuses ETI et grandes PME dépassant les seuils définis (voir plus bas).

  • Exercice 2026 (rapport en 2027) : PME cotées sur un marché réglementé, à l’exception des micro-entreprises. Ces petites et moyennes entreprises cotées bénéficieront d’un report possible jusqu’en 2028 pour se conformer aux exigences, et leurs obligations seront allégées par rapport aux grandes entreprises.

  • À horizon 2028-2029 : Certaines entreprises non-européennes devront également s’y conformer, si elles réalisent par exemple plus de 150 M€ de chiffre d’affaires dans l’UE via des filiales ou succursales importantes. Ces entités publieront leur premier rapport selon la CSRD en 2029 pour l’exercice 2028 selon le calendrier initial.

Remarque : Des ajustements du calendrier et du périmètre ont été envisagés début 2025 par l’UE (paquet législatif Omnibus) pour simplifier l’application de la CSRD. Toutefois, au moment où nous écrivons, le déploiement progressif ci-dessus reste la référence pour se préparer.

Seuils d’assujettissement : qui est directement concerné ?

La CSRD s’applique directement à toutes les grandes entreprises européennes, c’est-à-dire celles qui remplissent au moins deux des trois critères suivants  :

  • Effectif : plus de 250 salariés ;

  • Chiffre d’affaires : plus de 40 millions d’euros de chiffre d’affaires net annuel ;

  • Bilan : plus de 25 millions d’euros de total de bilan.

En pratique, cela correspond à la définition des grandes entreprises dans le droit comptable européen. Toute entreprise dépassant au moins deux de ces seuils est assujettie à la CSRD. Ce critère inclut de nombreuses entreprises de taille intermédiaire (ETI) et exclut de fait les petites structures en dessous de ces seuils. Contrairement à la NFRD, qui ne visait auparavant que les entreprises de plus de 500 salariés, la CSRD élargit considérablement le champ des entreprises soumises. On estime qu’environ 50 000 entreprises seront concernées, contre moins de 12 000 auparavant.

Qu’en est-il des PME à proprement parler ? D’après le texte actuel, seules les PME cotées en bourse sont explicitement visées par une obligation directe (à partir de 2026, avec possibilité de décalage). Les autres PME (non cotées) ne sont pas légalement tenues de publier un rapport CSRD – du moins pas avant plusieurs années – même si elles sont encouragées à le faire volontairement. Par ailleurs, les micro-entreprises cotées (entreprises de moins de 10 salariés, CA < 700 000 € et bilan < 350 000 €) sont exemptées de l’application de la CSRD. En résumé, toute PME qui n’est pas cotée sur un marché réglementé et qui reste en dessous des seuils (250 salariés, 40 M€, 25 M€) n’est pas directement assujettie à cette directive.

Des PME indirectement concernées dès 2025

Même si votre PME n’est pas juridiquement obligée de publier un rapport de durabilité, cela ne signifie pas que vous pourrez ignorer la CSRD. Dès 2025, l’entrée en vigueur pour les grandes entreprises va se répercuter tout au long des chaînes de valeur et de financement. En pratique, de nombreuses PME seront indirectement impliquées :

  • En tant que fournisseurs de grands groupes : Les grandes entreprises soumises à la CSRD devront collecter des données ESG sur l’ensemble de leur chaîne d’approvisionnement (par exemple pour évaluer leur empreinte carbone Scope 3 ou leurs impacts sociaux chez les sous-traitants). Elles vont donc exiger de leurs fournisseurs – souvent des PME – des informations fiables sur vos propres performances environnementales et sociales. Autrement dit, si nous travaillons pour un client soumis à la CSRD, nous devrons fournir des données ESG à ce client afin qu’il puisse respecter ses obligations de reporting.

  • Sous la pression des investisseurs et des banques : De plus en plus, les partenaires financiers intègrent des critères ESG dans leurs décisions. Une PME cherchant un financement découvrira que les banques et investisseurs exigent une certaine transparence sur ses pratiques de durabilité. D’ailleurs, les institutions financières privilégient désormais les entreprises au bon reporting ESG dans l’accès au crédit ou aux fonds. Ne pas être en mesure de communiquer des indicateurs crédibles pourrait devenir un frein pour lever des fonds ou obtenir un prêt.

  • Lors des appels d’offres et relations B2B : De grands donneurs d’ordre publics ou privés incluent déjà des critères de développement durable dans leurs appels d’offres. Pour rester compétitifs, nous autres PME devrons être capables de fournir des données d’impact et de prouver nos engagements ESG afin de remporter des marchés. Un manque de transparence pourrait nous faire perdre des opportunités commerciales au profit de concurrents plus avancés sur ces sujets.

Ainsi, même sans obligation légale directe, une PME a tout intérêt à anticiper et à intégrer l’ESG dans sa gestion. C’est un enjeu de crédibilité vis-à-vis des clients, de confiance pour les partenaires financiers, et plus largement de compétitivité dans un marché où la durabilité prend une place croissante. En somme, la CSRD va instaurer un standard de facto auquel même les non-assujettis devront s’adapter pour répondre aux attentes de leur écosystème.

Comment se préparer : transparence, données ESG et structuration du reporting

Pour les PME, le défi est désormais de se préparer à cette nouvelle donne du reporting durable. Les enjeux de préparation s’articulent autour de trois axes principaux :

  • Accroître la transparence : Il s’agit d’adopter une culture de la transparence sur nos performances ESG. Concrètement, nous devons commencer à documenter nos actions en matière d’environnement (énergie, émissions de GES, déchets, etc.), de social (conditions de travail, égalité, formation...) et de gouvernance (éthique, gestion des risques…). Cette transparence sera non seulement attendue par la réglementation, mais aussi par nos clients et partenaires.

  • Collecter et fiabiliser les données ESG : La mise en conformité avec la CSRD nécessite de collecter un volume important de données extra-financières de manière régulière. Il faut par exemple mesurer nos indicateurs clés (émissions de CO₂, consommation d’eau, taux de diversité, indicateurs de santé et sécurité, etc.). Cela implique souvent de mettre en place de nouveaux outils de suivi ou des logiciels spécialisés, et d’assurer la fiabilité de ces données (traçabilité des sources, méthodologies de calcul rigoureuses, conservation des preuves). Rappelons que toutes ces informations devront à terme être vérifiées par un auditeur externe, ce qui impose un niveau de qualité proche du reporting financier.

  • Structurer le reporting et la stratégie ESG : Il est crucial d’organiser dès maintenant la façon dont nous reportons ces informations. La CSRD impose un format standardisé s’appuyant sur les normes ESRS. Pour une PME cotée, cela signifie qu’il faudra préparer un rapport de durabilité annuel couvrant l’ensemble des thèmes ESG requis, mais de manière proportionnée à la taille de l’entreprise (un format “rapport allégé” est prévu). Pour les PME non cotées, il existe des référentiels volontaires (par exemple le projet de norme ESRS VSME développé pour les petites structures) qui peuvent servir de guide pour structurer un reporting adapté. Dans tous les cas, nous aurons intérêt à définir une stratégie RSE/ESG claire alignée avec ces standards, en identifiant nos impacts prioritaires (analyse de matérialité) et les indicateurs pertinents à suivre. Par exemple, une démarche recommandée consiste à identifier nos impacts, mesurer nos données clés, formaliser nos engagements dans une stratégie, et dialoguer avec nos parties prenantes afin d’améliorer en continu notre performance durable.

En résumé, la directive CSRD va dès 2025 transformer le paysage du reporting extra-financier en Europe. Nous, petites et moyennes entreprises, serons touchés directement si nous sommes cotés, ou indirectement via nos clients et partenaires si nous ne le sommes pas. Plutôt que d’attendre d’y être forcés, nous avons tout intérêt à nous saisir dès maintenant du sujet. Cela signifie renforcer la collecte de données ESG, structurer un reporting transparent et fiable, et intégrer la durabilité au cœur de notre stratégie d’entreprise. Une telle anticipation nous permettra non seulement de mieux répondre aux exigences réglementaires futures, mais aussi de tirer parti des opportunités qu’offre un positionnement proactif sur les enjeux de durabilité (meilleure image, accès facilité à certains marchés ou financements, etc.). La CSRD, bien qu’exigeante, peut ainsi devenir un levier de transformation positive et de valorisation pour les PME qui sauront s’y préparer.


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